Homo sapiens-démens / Topos VI

TOPOS VI


 Homo sapiens demens / Topos VI, Nikos Evangelopoulos/installation
Mars Arrière, Marseille la Grecque, 600 Av. JC / 2013, 
Galerie LAME,  Marseille, France

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[…] ἐν δ’ ὀλίγῳ βροτῶν

τὸ τερπνὸν αὔξεται: οὕτω δὲ καὶ πίτνει χαμαί,

ἀποτρόπῳ γνώμᾳ σεσεισμένον.

ἐπάμεροι: τί δέ τις; τί δ’ οὔ τις; σκιᾶς ὄναρ ἄνθρωπος. […]

Πίνδαρος, Πυθιονίκες 8.95

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[…] De même qu’en un instant croît la joie de l’Homme,

soudain il s’effondre,

ébranlé par une volonté contraire.

Nous sommes éphémères : qu’est-ce que l’être ? Le non-être ?

L’Homme, le rêve d’une ombre. […]

Pindare, Pythiques 8, 95.

(Traduction / interprétation : P. Fournillon) 

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Homo sapiens-demens / TOPOS VI

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Dans le cadre d’une narration autobiographique, intervient une mise en scène, qui introduit la question de l’image-scène, où le corps scénique est envisagé comme espace porteur des traces d’un langage, d’une histoire, d’un mythe.
Si l’on envisage le corps comme un fragment, un extrait dans la réalité, un espace qui à chaque fois a des symbolismes différents et cherche les limites nécessaires à la construction de son image, le corps peut se définir comme une hétérotopie.
Une problématique sur le corps, son image et le mythe par rapport à l’espace du corps, à la recherche de la manière dont il habite l’espace plastique.
A travers la dynamique de l’extrait, du fragment de l’image photographique, en tant que révélation ou dissimulation dans cet espace même de l’image et de l’environnement en mouvement.
Le corps-figure cherche des lieux d’habitation, en portant la mémoire et l’oubli, en gravant sa propre histoire dans le monde par son vécu.
Il devient corps-miroir, figure-image, et s’agite comme un fantôme qui cherche un abri, tel un véritable performer, un édifice nomade, un monument urbain en mouvement. Les mixed médias présentés ici font partie de la grande série « Identités construites ». Un commentaire – un commentaire composé, pour le monde humain ou la nature humaine si vous préférez, à la recherche de ses limites et de son identité, à la recherche de son point de suture, violent, dans le champ de bataille des significations. Le corps-modèle devient l’oeuvre et son lieu (topos), mais aussi sa limite, offrant à la fois son absence et son identité.
Une mise en scène, une structure, une construction qui font qu’un corps-image porte toujours sa problématique dans ses déplacements entre le réel et le symbolique, afin que sa « tragédie » atteigne quelque sommet imprévu. D’où le choix d’Homo sapiens-demens, formule d’Edgar Morin*, pour une installation bâtie sur ce qu’on appelle l’imprévisibilité des actions de l’Homme, laquelle participe de la dualité humaine ; seule échappatoire à une vie prosaïque ?…

* Edgar Morin, La méthode, Livre VI, Ethique, Paris, Seuil, 2004, p. 153.